L’impulsion créatrice donnée par Paul-Claude Racamier, outre l’extraordinaire fécondité et clarté de son enseignement oral et de son œuvre écrite, s’est manifestée dans le domaine des organismes (Racamier préférait le mot «  organisme » à celui d’institution) tel que son invention remarquable de l’hôpital de jour de  » La Velotte  » et  » La Maison des Champs  » à Besançon et dans celui de la transmission d’un savoir-faire et d’un savoir-être thérapeutiques à toute une équipe de soignants.
Cet élan nous le retrouvons dans sa participation majeure à la création et au développement du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale avec Simone Decobert, Claude Pigott et Jean-Pierre Caillot.
Il est aussi présent lors des enrichissantes rencontres au cours des réjouissantes et fécondes Journées de Monteguidi en Italie, qui ont donné naissance à diverses publications psychanalytiques passionnantes empreintes d’un esprit de recherche acéré, ainsi que dans les très riches échanges à Pietra Ligure avec Antonio Maria Ferro dont le Service de Soins pour Adolescents porte le nom désormais de Paul-Claude Racamier !
Maintenant cette impulsion porte Maurice Hurni, Giovanna Stoll et Jean-Pierre Caillot à créer une nouvelle société psychanalytique dont le but est de mieux faire connaître l’oeuvre de Racamier, le développement contemporain  de sa pensée,  de  concevoir une psychanalyse qui va de l’individuel au groupal et qui intègre dans sa théorie et dans ses pratiques ces immenses découvertes que sont l’incestualité, la perversion narcissique et l’antœdipe dans ses formes normale et pathologique et ses rapports à l’œdipe.

L’APAOR, Académie de Psychanalyse « Autour de l’Oeuvre de Racamier » (autourderacamier.com), nouvelle association (Loi 1901) donne une place centrale aux repères que sont les grands concepts de P.-C. Racamier (fantasme et fantasme-non-fantasme, autodésengendrement- auto-engendrement, ambiguïté et paradoxalité, injection projective et exportation, séduction narcissique et emprise par exemples) dans la théorie et la pratique psychanalytique individuelle et collective.

L’APAOR soutient que la psychanalyse est une, qu’il n’y a pas lieu d’opposer la psychanalyse individuelle à la psychanalyse collective représentée par les thérapies psychanalytiques de couple, de famille, de groupe d’enfants et d’adultes, d’institution, voire de société.
En faveur de l’unité de la psychanalyse, il faut se souvenir que Freud (1912-21), au début de ses recherches, écrivait dans « Psychologie des Masses et Analyse du Moi » : « L’opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie de groupe qui peut, à première vue, paraître très profonde, perd beaucoup de son acuité lorsqu’on l’examine de plus près… » puis il ajoute « La psychologie individuelle est donc, dès le départ, en même temps, psychologie sociale, dans le sens élargi, mais pleinement justifié du terme… il n’est donc pas approprié de séparer celle-ci de la psychologie sociale ou groupale. » conclut-il.

Cette unité s’observe de nos jours lors de l’examen des cadres psychanalytiques, du travail de transformation des agirs en fantasmes et celui de l’interprétation des transferts œdipiens et antœdipiens fantasmés. Dans tous ces registres de travail, cadre, transformation et interprétation, des dénominateurs communs émergent.

En effet, les cadres psychanalytiques individuels et collectifs ont en commun la libre association verbale (la libre association individuelle devient dans les situations collectives libre association conjugale, familiale et groupale) , les règles d’abstinence et de restitution.
Les différentes situations psychanalytiques partagent, pour transformer les agirs (dont les transferts antœdipiens agis) en fantasmes, un même travail sur la mise en place et le maintien du cadre, la création de nouveaux liens intra et interpsychiques grâce à l’associativité verbale générative (R. Roussillon), à l’historicisation individuelle et collective, aux rêves et, surtout, à l’interfantasmatisation dans le groupe thérapeutique dont le prototype est certainement le groupe psychodramatique.
Enfin, l’interprétation des transferts œdipiens et antœdipiens fantasmés, individuels et collectifs s’établit lors de la production d’un scénario imaginaire transférentiel quel que soit le cadre analytique. C’est grâce au repérage des contenus transportés du ou des sujets transférant(s) vers l’objet transférentiel (qui recueille le transfert) que se construit l’interprétation.

Rappelons aussi que S. Nacht ( La présence du psychanalyste, Paris, PUF, 1963, p. 37) en 1963 plaidait déjà en faveur de l’établissement d’« une différence entre réalité psychique telle que la concevait Freud, et la réalité objectivement traumatisante. » Il a constaté que la gravité des situations traumatisantes était due, dans le cas de certains malades à des « traumatismes qui avaient été déterminés non par des éléments de valeur plus ou moins subjective mais par des événements réels, par des facteurs objectivement nocifs. »
Quant à A. Green (« Répétition et compulsion de répétition. Relation à l’objet et aliénation à l’objet. Quelques hypothèses sur la fonction de la compulsion de répétition » dans La compulsion de répétition, Paris, PUF, 2011, pp. 63-70), il nous invite à distinguer la tendance à la répétition du registre névrotique de la compulsion de répétition du registre traumatique.
Il nous paraît donc très important de bien différencier la clinique du désir et du fantasme, du refoulement, de l’ambiguïté, de l’ambivalence et du conflit intra-psychique de celle du traumatique et de l’agir, à l’abri du conflit interne, de la paradoxalité incestuelle et des projections massives transgénérationnelles de la compulsion de répétition aliénante.

Enfin, nous proposons de donner une place théorique et pratique à l’antoedipe dans sa forme pathologique qui est en opposition avec l’oedipe en soulignant que cet antœdipe « furieux » contient les pathologies narcissiques graves individuelles telles que psychose, perversion et somatose, ainsi que les pathologies groupales et familiales de la clinique du traumatique ; l’antœdipe pathologique est centré par les fantasmes-non-fantasmes d’autodésengendrement et d’auto-engendrement.
Par contre, dans sa forme normale, « tempéré », l’antœdipe contre-balance l’œdipe qui est centré par l’engendrement, ainsi les identifications œdipiennes tendent à être limitées par les identifications narcissiques antœdipiennes (être son propre créateur) en contrepoint, centré par le fantasme d’auto-engendrement normal.

Souhaitons que l’imaginaire groupal de l’APAOR intègre en profondeur un esprit de recherche allant de l’individu à différents groupements (couple, famille, groupe, institution et société) en sachant que toutes ces formations psychiques sont traversées par l’œdipe et l’antœdipe.

Enfin, constatons que la psychanalyse de nos jours possède un extraordinaire potentiel de développement dont l’avènement dépend de notre prise de conscience de son étonnante et formidable extension théorique et pratique. Notre association tentera donc de favoriser cette avancée ainsi que la formation de psychanalystes qui pourront répondre de façon adaptée aux diverses demandes collectives et individuelles.

Il nous semble important d’avoir une attention particulière à nos éventuels conflits intra-institutionnels, de les identifier, de leur trouver un cadre de travail adéquat où ils pourront être parlés et élaborés en sachant que nous sommes riches de la connaissance des injections projectives et des manœuvres perverses.

Espérons enfin que la dynamique de l’APAOR et sa convivialité, conjuguées à une vigilance groupale concernant la liberté des échanges des idées, la préservation du plaisir de la créativité individuelle et groupale, la transmission inter-générationnelle d’un savoir psychanalytique fécond, seront des valeurs essentielles de notre culture associative.

Jean-Pierre Caillot
Président de l’APAOR
Sète, le 11 Février 2020

O impulso criativo dado por Paul-Claude Racamier, além da extraordinária fecundidade e clareza do seu ensino oral e da sua obra escrita, manifestou-se no campo dos organismos (Racamier preferiu a palavra « organismo » à instituição), como sua notável invenção do hospital-dia de « La Velotte » e « La Maison des Champs » em Besançon e na da transmissão de um “saber-fazer” terapêutico e um “saber-ser” a toda uma equipe de cuidadores.

Encontramos esse impulso em sua importante participação na criação e desenvolvimento do Collège de Psychanalyse Groupal et Familiale com Simone Decobert, Claude Pigott e Jean-Pierre Caillot.

Ele também está presente nos enriquecedores encontros no decorrer das divertidas e frutíferas Jornadas de Monteguidi na Itália, que deram origem a várias publicações psicanalíticas fascinantes e imbuídas de um espírito de pesquisa aguçado, bem como nas ricas trocas em Pietra Ligure com Antonio Maria Ferro, cujo Serviço de Atendimento ao Adolescente agora leva o nome de Paul-Claude Racamier! 

Agora esse impulso leva Maurice Hurni, Giovanna Stoll e Jean-Pierre Caillot a criar uma nova sociedade psicanalítica cujo objetivo é tornar mais conhecida a obra de Racamier, o desenvolvimento contemporâneo de seu pensamento, conceber uma psicanálise que vá do individual ao grupal e que integre em sua teoria e em suas práticas essas imensas descobertas que são a incestualidade, a perversão narcísica e o ant´édipo em suas formas normal e patológica e suas relações com o édipo.

A APAOR, Academie de Psychanalyse “Autour de l’Oeuvre de Racamier”  (autourderacamier.com), uma nova associação (Lei 1901), dá um lugar central aos pontos de referência que são os grandes conceitos do P.-C. Racamier (fantasia e fantasia-não-fantasia, autodesengendramento-autoengendramento, ambiguidade e paradoxalidade, injeção projetiva e exportação, sedução narcísica e dominação, por exemplo) na teoria e prática psicanalíticas individual e coletiva.

A APAOR sustenta que a psicanálise é uma só, que não há razão para opor a psicanálise individual à psicanálise coletiva representada pelas terapias psicanalíticas de casal, de família, de grupo de crianças e adultos, de instituição e até mesmo de sociedade.

A favor da unidade da psicanálise, convém lembrar que Freud (1912-1921), no início de sua pesquisa, escreveu em « Psicologia das Massas e Análise do Ego »: « A oposição entre a psicologia individual e a psicologia de grupo, que à primeira vista pode parecer muito profunda, perde muito de sua agudeza quando examinada mais de perto … ”, em seguida ele acrescenta que “A psicologia individual é, portanto, desde o princípio, ao mesmo tempo, psicologia social , no sentido mais amplo, mas totalmente justificado do termo … portanto, não é apropriado separá-la da psicologia social ou grupal”, conclui ele.

Essa unidade é observada nos dias de hoje ao examinar os enquadres psicanalíticos, o trabalho de transformação de atos em fantasias e de interpretação de transferências edipianas e ant’edipianas fantasiadas. Em todos esses registros de trabalho, enquadre, transformação e interpretação, emergem denominadores comuns.

Com efeito, os enquadres psicanalíticos individuais e coletivos têm em comum a associação livre verbal (a associação livre individual se torna, em situações coletivas, associação livre conjugal, familiar e grupal), as regras de abstinência e de devolução.

As diferentes situações psicanalíticas compartilham, para transformar os atos (incluindo as transferências ant’edipianas atuadas) em fantasias, o mesmo trabalho no estabelecimento e manutenção do enquadre, a criação de novos vínculos intra e interpsíquicos graças à associatividade verbal generativa (R. Roussillon), à historicização individual e coletiva, aos sonhos e, sobretudo, à interfantasiação no grupo terapêutico, cujo protótipo é certamente o grupo psicodramático.

Finalmente, a interpretação das transferências edipianas e ant’edipianas fantasiadas, individuais e coletivas, é estabelecida durante a produção de um cenário transferencial imaginário, qualquer que seja o enquadre analítico. É graças à identificação dos conteúdos transportados do(s) sujeito(s) transferidor(es) para o objeto transferencial (que recolhe a transferência) que se constrói a interpretação.

Lembremos também que S. Nacht (A presença do psicanalista, Paris, PUF, 1963, p. 37) em 1963 já defendia o estabelecimento de “uma diferença entre a realidade psíquica tal como a concebia Freud, e a realidade objetivamente traumatizante”. Ele constatou que a gravidade das situações traumáticas se devia, no caso de alguns pacientes, a“ traumas que haviam sido determinados não por elementos de valor mais ou menos subjetivo, mas por eventos reais, por fatores objetivamente prejudiciais. « 

Quanto a A. Green (“Repetição e compulsão à repetição. Relação com o objeto e alienação com o objeto. Algumas hipóteses sobre a função da compulsão à repetição” in La compulsion de répétition, Paris, PUF, 2011, pp. 63-70), ele nos convida a distinguir a tendência de repetir o registro neurótico da compulsão de repetição do registro traumático.

Portanto, parece-nos muito importante diferenciar claramente a clínica do desejo e da fantasia, do recalque, da ambiguidade, da ambivalência e do conflito intrapsíquico daquela do traumático e da atuação, ao abrigo do conflito interno, da paradoxalidade incestual e das projeções transgeracionais massivas da compulsão à repetição alienante.

Por fim, propomos dar um lugar teórico e prático ao ant’édipo em sua forma patológica que se opõe ao édipo, enfatizando que este ant’édipo « furioso » contém as graves patologias narcísicas individuais como psicose, perversão e somatose, assim como as patologias grupais e familiares da clínica do traumático; o ant’édipo patológico está centrado nas fantasias-não-fantasias de autodesengendramento e de autoengendramento.

Por outro lado, em sua forma normal, « temperada », o ant’édipo contrabalança o édipo que é centrado no engendramento, de modo que as identificações edipianas tendem a ser limitadas pelas identificações narcísicas ant’edipianas (ser seu próprio criador) em contraponto, centrado na fantasia de autoengendramento normal.

Esperemos que o imaginário grupal da APAOR integre em profundidade um espírito de investigação que vá do indivíduo aos diferentes grupos (casal, família, grupo, instituição e sociedade), sabendo que todas estas formações psíquicas são atravessadas pelo édipo e o ant’édipo.

Finalmente, constatemos que a psicanálise hoje tem um extraordinário potencial de desenvolvimento, cujo advento depende de nossa consciência de sua surpreendente e formidável extensão teórica e prática. Nossa associação procurará assim promover este progresso, bem como a formação de psicanalistas que sejam capazes de responder de forma adequada às diversas solicitações coletivas e individuais.

Parece-nos importante prestar especial atenção aos nossos possíveis conflitos intra-institucionais, identificá-los, encontrar para eles um enquadre de trabalho adequado onde possam ser discutidos e elaborados, sabendo que somos ricos em conhecimentos de injeções projetivas e manobras perversas.

Por fim, esperemos que a dinâmica da APAOR e o seu convívio, conjugados a uma vigilância grupal dizendo respeito à liberdade de troca de ideias, à preservação do prazer da criatividade individual e grupal e à transmissão intergeracional de um saber psicanalítico fecundo, sejam valores essenciais de nossa cultura associativa.

Jean-Pierre Caillot

Presidente da APAOR

Sète, 11 de fevereiro de 2020