APAOR, 11 février 2020

L’impulsion créatrice donnée par Paul-Claude Racamier, outre l’extraordinaire fécondité et clarté de son enseignement oral et de son œuvre écrite, s’est manifestée dans le domaine des organismes (Racamier préférait le mot «  organisme » à celui d’institution) tel que son invention remarquable de l’hôpital de jour de  » La Velotte  » et  » La Maison des Champs  » à Besançon et dans celui de la transmission d’un savoir-faire et d’un savoir-être thérapeutiques à toute une équipe de soignants.
Cet élan nous le retrouvons dans sa participation majeure à la création et au développement du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale avec Simone Decobert, Claude Pigott et Jean-Pierre Caillot.
Il est aussi présent lors des enrichissantes rencontres au cours des réjouissantes et fécondes Journées de Monteguidi en Italie, qui ont donné naissance à diverses publications psychanalytiques passionnantes empreintes d’un esprit de recherche acéré, ainsi que dans les très riches échanges à Pietra Ligure avec Antonio Maria Ferro dont le Service de Soins pour Adolescents porte le nom désormais de Paul-Claude Racamier !
Maintenant cette impulsion porte Maurice Hurni, Giovanna Stoll et Jean-Pierre Caillot à créer une nouvelle société psychanalytique dont le but est de mieux faire connaître l’oeuvre de Racamier, le développement contemporain  de sa pensée,  de  concevoir une psychanalyse qui va de l’individuel au groupal et qui intègre dans sa théorie et dans ses pratiques ces immenses découvertes que sont l’incestualité, la perversion narcissique et l’antœdipe dans ses formes normale et pathologique et ses rapports à l’œdipe.

L’APAOR, Académie de Psychanalyse « Autour de l’Oeuvre de Racamier » (autourderacamier.com), nouvelle association (Loi 1901) donne une place centrale aux repères que sont les grands concepts de P.-C. Racamier (fantasme et fantasme-non-fantasme, autodésengendrement- auto-engendrement, ambiguïté et paradoxalité, injection projective et exportation, séduction narcissique et emprise par exemples) dans la théorie et la pratique psychanalytique individuelle et collective.

L’APAOR soutient que la psychanalyse est une, qu’il n’y a pas lieu d’opposer la psychanalyse individuelle à la psychanalyse collective représentée par les thérapies psychanalytiques de couple, de famille, de groupe d’enfants et d’adultes, d’institution, voire de société.
En faveur de l’unité de la psychanalyse, il faut se souvenir que Freud (1912-21), au début de ses recherches, écrivait dans « Psychologie des Masses et Analyse du Moi » : « L’opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie de groupe qui peut, à première vue, paraître très profonde, perd beaucoup de son acuité lorsqu’on l’examine de plus près… » puis il ajoute « La psychologie individuelle est donc, dès le départ, en même temps, psychologie sociale, dans le sens élargi, mais pleinement justifié du terme… il n’est donc pas approprié de séparer celle-ci de la psychologie sociale ou groupale. » conclut-il.

Cette unité s’observe de nos jours lors de l’examen des cadres psychanalytiques, du travail de transformation des agirs en fantasmes et celui de l’interprétation des transferts œdipiens et antœdipiens fantasmés. Dans tous ces registres de travail, cadre, transformation et interprétation, des dénominateurs communs émergent.

En effet, les cadres psychanalytiques individuels et collectifs ont en commun la libre association verbale (la libre association individuelle devient dans les situations collectives libre association conjugale, familiale et groupale) , les règles d’abstinence et de restitution.
Les différentes situations psychanalytiques partagent, pour transformer les agirs (dont les transferts antœdipiens agis) en fantasmes, un même travail sur la mise en place et le maintien du cadre, la création de nouveaux liens intra et interpsychiques grâce à l’associativité verbale générative (R. Roussillon), à l’historicisation individuelle et collective, aux rêves et, surtout, à l’interfantasmatisation dans le groupe thérapeutique dont le prototype est certainement le groupe psychodramatique.
Enfin, l’interprétation des transferts œdipiens et antœdipiens fantasmés, individuels et collectifs s’établit lors de la production d’un scénario imaginaire transférentiel quel que soit le cadre analytique. C’est grâce au repérage des contenus transportés du ou des sujets transférant(s) vers l’objet transférentiel (qui recueille le transfert) que se construit l’interprétation.

Rappelons aussi que S. Nacht ( La présence du psychanalyste, Paris, PUF, 1963, p. 37) en 1963 plaidait déjà en faveur de l’établissement d’« une différence entre réalité psychique telle que la concevait Freud, et la réalité objectivement traumatisante. » Il a constaté que la gravité des situations traumatisantes était due, dans le cas de certains malades à des « traumatismes qui avaient été déterminés non par des éléments de valeur plus ou moins subjective mais par des événements réels, par des facteurs objectivement nocifs. »
Quant à A. Green (« Répétition et compulsion de répétition. Relation à l’objet et aliénation à l’objet. Quelques hypothèses sur la fonction de la compulsion de répétition » dans La compulsion de répétition, Paris, PUF, 2011, pp. 63-70), il nous invite à distinguer la tendance à la répétition du registre névrotique de la compulsion de répétition du registre traumatique.
Il nous paraît donc très important de bien différencier la clinique du désir et du fantasme, du refoulement, de l’ambiguïté, de l’ambivalence et du conflit intra-psychique de celle du traumatique et de l’agir, à l’abri du conflit interne, de la paradoxalité incestuelle et des projections massives transgénérationnelles de la compulsion de répétition aliénante.

Enfin, nous proposons de donner une place théorique et pratique à l’antoedipe dans sa forme pathologique qui est en opposition avec l’oedipe en soulignant que cet antœdipe « furieux » contient les pathologies narcissiques graves individuelles telles que psychose, perversion et somatose, ainsi que les pathologies groupales et familiales de la clinique du traumatique ; l’antœdipe pathologique est centré par les fantasmes-non-fantasmes d’autodésengendrement et d’auto-engendrement.
Par contre, dans sa forme normale, « tempéré », l’antœdipe contre-balance l’œdipe qui est centré par l’engendrement, ainsi les identifications œdipiennes tendent à être limitées par les identifications narcissiques antœdipiennes (être son propre créateur) en contrepoint, centré par le fantasme d’auto-engendrement normal.

Souhaitons que l’imaginaire groupal de l’APAOR intègre en profondeur un esprit de recherche allant de l’individu à différents groupements (couple, famille, groupe, institution et société) en sachant que toutes ces formations psychiques sont traversées par l’œdipe et l’antœdipe.

Enfin, constatons que la psychanalyse de nos jours possède un extraordinaire potentiel de développement dont l’avènement dépend de notre prise de conscience de son étonnante et formidable extension théorique et pratique. Notre association tentera donc de favoriser cette avancée ainsi que la formation de psychanalystes qui pourront répondre de façon adaptée aux diverses demandes collectives et individuelles.

Il nous semble important d’avoir une attention particulière à nos éventuels conflits intra-institutionnels, de les identifier, de leur trouver un cadre de travail adéquat où ils pourront être parlés et élaborés en sachant que nous sommes riches de la connaissance des injections projectives et des manœuvres perverses.

Espérons enfin que la dynamique de l’APAOR et sa convivialité, conjuguées à une vigilance groupale concernant la liberté des échanges des idées, la préservation du plaisir de la créativité individuelle et groupale, la transmission inter-générationnelle d’un savoir psychanalytique fécond, seront des valeurs essentielles de notre culture associative.

Jean-Pierre Caillot
Président de l’APAOR
Sète, le 11 Février 2020

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