Vers un monde antœdipien (1)

Connaissez-vous les flexitariens ?

Ce sont des gens qui, selon les circonstances, se définissent comme végétariens ou non.

Connaissez-vous les « non-binaires » ?

Voici ce qu’en dit un certain Hazbi à la Radio Suisse Romande[1] :

« “En tant que non-binaire, on ne se retrouve pas dans les codes sociaux homme-femme, on se sent un peu des deux ou parfois l’un, parfois l’autre”. “Je suis né avec un sexe masculin, parfois, je me sens plus homme et des fois plus femme, ça dépend comment je me suis réveillé”, ajoute-t-il, affirmant que son attirance est avant tout liée à la personne et non au genre. »

Avec un humour probablement involontaire, l’article conclut : « Concernant sa sexualité, le jeune homme relate qu’il était homosexuel au début, car il se concevait comme un homme. “Aujourd’hui, le sexe et le genre de l’autre personne ne vont pas compter. Je me suis surpris à coucher avec des femmes et à apprécier ça”. »

Un autre témoignage pour le moins troublant:

Commentaire

Un narcissisme incandescent

Dans ces exemples, la seule référence du sujet est son sentiment personnel, intime, fluctuant et instantané, dont tout le reste va dépendre. Ce triomphe de l’auto-référence narcissique est présenté comme une conquête sur une supposée oppression.

La castration bafouée

Point ici de jeu névrotique avec la limite et sa transgression, mais bien la mise en acte d’une destruction de toute borne qui pourrait entraver le plein exercice du narcissisme. Il ne s’agit pas de l’oscillation psychique entre être (homme ou femme, végétarien ou non), mais bien de la prétention à être homme et femme, végétarien et non végétarien. Cette aporie relève de la psychose, mais nulle allusion au délire n’est perceptible dans ces articles.

L’Œdipe est la véritable cible de ces allégations, ce complexe nodal au cœur de la différence des sexes, des générations et des individus, mais aussi organisateur social.

L’acharnement « déconstructeur »

Cet acharnement hostile aux limites n’est pas le fait de tel ou tel individu isolé, de tel ou tel journal particulier : on le retrouve pratiquement tous les jours dans tous les médias.

Un mouvement politique

En effet, ce n’est pas à une opinion particulière que nous avons affaire ici, mais bien à un manifeste politique qui cherche à nous convaincre et à nous faire adhérer à sa cause.

Un monde antœdipien

La finalité de tels mouvements est un monde antœdipien. Un monde où le narcissisme serait roi, mais au surtout n’existerait aucune limite, aucun repère de réalité. Tout pourrait être vrai ou faux à la fois ; toutes les catégories se mélangeraient, se brouilleraient. Toute référence à une réalité, comme à une loi y serait impossible. Ce monde délirant et cauchemardesque serait toutefois proclamé « libre » et « progressiste ». Mais qui, au juste, en veut ?

M. Hurni, mai 2019.

[1] RTS-Info, 12.05.2019.

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