Allione : troupeau sans surmoi

« De l’abolition des différences

Deux conceptions de l’humain se distinguent dans les conceptions postmodernes. D’un côté il y a le sujet dans sa singularité, de l’autre, une logique qu’Amartya Sen désigne sous le nom de « bétail[1] » ou Lacan sous celui de « troupeau[2] ». Et cela n’est pas sans évoquer ce que Bernard Stiegler appelle « une société d’individus désaffectés ». Il y défend l’idée que « […] les sociétés de contrôle, qui sont la réalité du capitalisme contemporain, sont parvenues au point où elles deviennent incontrôlables, désaffectant et desindividuant les individus psychiques et collectifs[3] ». Pourquoi deviennent-elles incontrôlables ? Parce que, ajoute Stiegler, « dans les formes les plus avancés de l’époque hyperindustrielle des sociétés de contrôle, la surmoïsation est liquidée, tout comme la figure du père, et avec elle, l’autorité de tout principe[4] ».

[1] Amartya Sen, Pas de bonne économie sans vraie démocratie, Le Monde, 28 octobre 1998.

[2] Jacques Lacan, Le  moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, séminaire II, Paris, Seuil, 1978, leçon du 19 mai 1955.

[3] Bernard Stiegler, Mécréance  et discrédit, tome trois, l’esprit perdu du capitalisme, Paris, Galilée, 2006.

[4] Bernard Stiegler, Mécréance et discrédit, tome deux, op. cit.

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